image001.jpg (54730 bytes)   Les travailleurs du Caire

Au premier coup d´œil, cette série paraît avoir été réalisée dans un simple studio. Pourtant, Esid a déplacé un décor de toile grossière, celui que l´on aurait pu trouver dans un vieux studio du début du siècle dernier, avec ce palmier stéréotypé, reflet d´une apparente réalité unique: celle de l´orient, mais que lui introduit dans les rues du Caire du XXI siècle dans son mouvement effréné, en offrant aux piétons la possibilité de passer à la postérité. Des gens de la rue, des travailleurs qui jusqu´à présent n´ont jamais eu la possibilité d´être tout simplement photographiés. Cette intervention dans la rue est quelque chose de totalement inimaginable au Caire, où l´espace public n´est pas conçu comme scène de l´action artistique. Par contre Esid réussit à créer un échange avec ces gens en faisant le portrait de leur vie authentique au quotidien.

Le fait de faire le portrait de ces hommes et de leurs occupations nous montre non seulement le degré d´audacité d´Esid mais également son côté le plus critique ; puisque très peu d´artistes à l´heure actuelle dans cette métropole osent représenter ces personnes qui font partie de la vie quotidienne et encore moins leur offrir le protagonisme qu´ils méritent et qu´Esid leur confère.

L´artiste donne une identité personnelle à cette grande masse qui configure la société égyptienne contemporaine, en se concentrant sur la couche sociale la plus nombreuse, approximativement un quart de la population qui vit dans une situation de pauvreté absolue, les femmes et les enfants étant les groupes les plus vulnérables, là où le chômage est le plus élevé et les droits des travailleurs sont pratiquement inexistants. C´est justement à travers ces photographies qu´Esid pose deux questions fondamentales en ce qui concerne la situation laborale en Egypte; d´un côté il souligne l´existence toujours élevée du travail des enfants en Egypte (beaucoup de jeunes apparaissent dans cette série) et d´un autre côté la position fragile des femmes dans le marché du travail (que l´on apprécie dans l´absence totale de femmes dans ces photographies). Cependant, même si les métiers représentés dans cette série sont majoritairement réalisés par des hommes, cette considération ne doit pas être lue comme une absence totale de la femme égyptienne dans l´espace public, bien au contraire.

Face à nous nous avons donc un témoignage totalement contemporain des métiers et occupations les plus communs dans cette immense métropole mais une nouvelle fois Esid nous les présente comme si il s’agissait d´une autre époque. Par contre dans cette série l´utilisation du langage classique de studio du début du siècle, aussi bien dans la pose comme dans l´atmosphère artificielle, s´utilise pour s´opposer au stéréotype de « l´ oriental » avec ses connotations exotiques et sensuelles, avec une réalité dramatique, crue et émouvante non loin du privilège de l´exotisme.

En définitive, la force de cette série réside dans le fait qu´elle oblige aussi bien le publique occidental que l´oriental à poser son regard sur ceux qui configurent notre réalité la plus proche et sur ceux qui normalement nous ne nous arrêtons pas à saluer et que nous voudrions même bien souvent ignorer.

 

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