Osama Esid, d´origine syrienne ayant vécu aux Etats Unis et qui depuis quatre ans a déplacé sa résidence en Egypte, s´est vu très vite confronté à ces deux corpus monolithiques, confrontés l´un à l´autre ou du moins en clair opposition mais qui en même temps se nourrissent l´un de l´autre, l´Orient d´un côté et l´Occident de l´autre.
Si nous suivons l´interprétation d´Edward Said, l´Occident a construit une image embellie et «exotisée » de l´Orient, une fantaisie de l´Orient mais qui, nous ne pouvons pas l´oublier, faisait partie d´un processus historique déterminé et qui répondait a un projet impérial qui avait comme ambition ultime de retenir et de maintenir cet Orient. En définitif, Said désarticule de façon négative le concept d´orientalisme.
Et bien, c´est justement sur cette présomption en négatif du concept d´orientalisme que s´est interrogé Osama Esid. Indépendemment du fait que ce concept soit le produit d´un discours impérialiste, n´aurait il rien de positif en soit? s´interroge Esid. Pour Osama Esid, cette image d´Orient construite par l´Occident a aussi pénétré l´Orient. «La fantaisie de l´oriental existe des deux côtés » et de plus, et c´est ici que se centrent la motivation et l´inspiration d´Esid, on peut rechercher dans un stéréotype pour créer de nouvelles lectures en utilisant son langage de façon positive et constructive sans étiqueter une culture.
Ainsi, dans cette exposition, et particulièrement dans cette série, nous nous trouvons face a un supposé ou ainsi désigné « oriental » Esid qui reconstruit une scénographie d´époque au XXI siècle depuis l´une des capitales les plus importantes de la région, Le Caire. Il réutilise, en plus, une ancienne technique et choisit des modèles qui pour la plupart ne sont pas « orientaux » mais que le photographe transforme en oriental. L´objectif dernier de chaque pièce étant, à travers la technique, le décor et les personnages, d´obtenir une force propre où la Beauté occupe la place principale. Il exploite ainsi le côté le plus sensuel de l´orientalisme en confondant le spectateur et en faisant écho de ces espaces majoritairement féminins qui nous rappellent la peinture française du XIX siècle. Il récupère donc la sensualité et même quelque fois l´érotisme dans le regard et la pose insinuante, mais en dotant ces femmes d´une force défiante, non passive et complaisante, des femmes maîtresses de leurs corps et de leurs destins.
En offrant la Beauté à notre regard, Osama Esid se réconcilie avec l´un des objectifs principaux de sa quête, objectif qui le poussa à commencer cette série : essayer de donner une autre image de cette région du monde qui est aujourd´hui représenté par des images de guerre, de terrorisme et de fondamentalisme.